dimanche 18 février 2018

LE TORTICOLIS MUSCULAIRE CONGENITAL



Observation clinique des techniques de tuina dans la prise en charge du torticolis musculaire congénital

Article de Qian WangZhi-wei Chen traduit par Maria Rando Gonzalez

Étude clinique en MTC
Objectif
Observer l'effet clinique du traitement de la rate par le renforcement de la rate et du rein pour le torticolis musculaire congénital.

DEFINITION
Le torticolis congénital se définit par une position vicieuse et dominante de la tête du nourrisson d’un côté, dans les semaines ou les mois qui suivent la naissance. La tête se positionne en inclinaison homolatérale, rotation homolatérale extension et translation homolatérale du cou.

Il y a deux sortes de torticolis
TORTICOLIS MUSCULAIRE CONGENITAL (TMC) :
Ce torticolis est la forme la plus fréquente. Il se développe dans les premiers jours ou semaines de vie du bébé et il est causé par la contraction d’un muscle du cou, le sterno-cléido-occipito-mastoïdien (SCOM).

La tête du bébé est inclinée du côté du muscle tendu. Il est souvent observé la présence d’une petite masse fibreuse (de la taille d’une olive) sur le muscle en tension.

Cette « olive » disparaît normalement d’elle-même entre le 6e et 12e mois de vie de bébé, et le torticolis (TMC) également doit régresser de lui-même dans 75 % avant l’âge de 8 mois.

TORTICOLIS CONGENITAL:
Celui-ci est plus rare. Il est associé à certaines malformations de naissance (malformations congénitales). A noter:
  • un déséquilibre des muscles du cou (absence congénitale unilatérale du SCOM);
  • une malformation osseuse (fusion de vertèbres du cou);
  • un déplacement des vertèbres du cou (subluxation congénitale cervicale);
  • une anomalie du système nerveux causé par une tumeur ou une malformation nerveuse (paralysie neurologique ou oculaire).

Il est important de retenir que 25 % des bébés qui ont un torticolis (TMC) auront besoin de soins, et il est important que ces soins aient lieu le plus tôt possible afin de réduire les risques d’anomalies causées par les tensions reliées aux torticolis.


Les conséquences du torticolis :
Il est reconnu qu’un torticolis non traité peut entraîner certaines anomalies, voici les plus connues :
  • une déformation du visage (asymétrie faciale);
  • une déformation de la tête (plagiocéphalie);
  • un trouble de la vision (troubles fonctionnels oculaires);
  • une déformation de la colonne vertébrale (scoliose cervico-thoracique);

Il est constaté dans de nombreux cas, que le torticolis peut occasionner d’autres anomalies (asymétries musculo-squelettiques) qui affectent l’ensemble du corps du bébé, en particulier le bassin et la colonne vertébrale.

(Lorsque le corps du nouveau-né est soumis à des tensions situées au niveau du cou, de la tête et à l’épaule, on remarque que le bassin à tendance à se rapprocher du côté où la tête est inclinée pour soulager la tension musculaire du cou causé par le torticolis).

Etiologie et conséquences
L'étiologie du torticolis congénital
Les origines de cette pathologie peuvent être de nature posturale, musculaire ou, infectieuse, vasculaire, héréditaire, liée à des facteurs intra-utérins ou dues à une malformation. Ces nombreux facteurs ont chacun un impact différent sur le développement et l’évolution de la pathologie.

Certains médecins considèrent que la pathologie se développe sur le fœtus durant la grossesse. En effet, le torticolis serait dû à certaines contraintes utérines sur le fœtus durant cette période. Il serait affecté par certaines postures de la mère comme l’assise dans un siège. Ces contraintes provoquent des malpositions orthopédiques chez le nouveau-né qui sont l’un des signaux alertant la pathologie.

Ces malpositions orthopédiques peuvent aussi induire une instabilité ou une luxation congénitale de hanche ainsi qu’une asymétrie congénitale du bassin. Cette asymétrie est provoquée par une rétraction unilatérale du tenseur du fascia lata et controlatérale des adducteurs. Une grande scoliose thoraco-lombaire de faible amplitude peut aussi être développée suite à des malpositions orthopédiques.

D’autres spécialistes affirment que le torticolis est dû à un dépôt excessif de la protéine collagène dans la matrice extracellulaire dans la zone du SCM qui forme par la suite une fibrose sous la forme d’une olive ou d’une bande superficielle. Cette fibrose implique alors une rétractation du muscle SCM qui va provoquer une malposition de la tête. Ce dépôt excessif peut se présenter durant la grossesse, ou dans les premières semaines du nouveau-né. Dans le second cas, la mauvaise irrigation du SCM impliquée par une mauvaise position de la tête du bébé durant son temps de sommeil peut provoquer le dépôt excessif de cette protéine.

D’autres études ont remarqué le lien entre le développement d’un torticolis congénital et un accouchement difficile4 où le bébé a eu des difficultés à sortir. En effet, lors de l’accouchement, la traction de la tête du bébé par le creux axillaire ou du crâne lors de sa sortie peut provoquer un œdème ou une lésion du SCM ou du scalène qui développe par la suite un torticolis. Ce type de torticolis congénital dit « accidentel » peut aussi être provoqué avec l’utilisation de forceps, ventouse lors d’un accouchement dystocique.

Conséquences d’une rétraction du muscle SCM
Les conséquences d’un torticolis sont nombreuses et varient d’un cas à l’autre suivant la cause du torticolis, la durée avant la prise en charge par un encadrement médical, ou encore l’angle du rachis cervicale dû au torticolis.La particularité de cette pathologie, c’est qu’elle n’est que rarement douloureuse. Il n’y a pas de pleur de la part du bébé, ni même du jeune enfant quand la pathologie n’est pas traitée dans les premières années du nouveau-né.

La conséquence la plus remarquée est une déformation asymétrique de l’Atlas et de l’Axis (soit les deux premières cervicales). Cette anomalie fonctionnelle peut être irréversible ou nécessiter de la chirurgie. Ce conflit entre ces deux cervicales peut entraîner un rétrécissement du trou occipital soit morphologique soit dynamique et réduire tous les mouvements réalisés par cette articulation. On parle alors de problème de réalisation des mouvements de rotation, d’inclinaison, d’abaissement et de redressement de la tête.

La conséquence de la rétraction d’un seul muscle, le SCM, entraîne de nombreux dysfonctionnements dynamiques et statiques.

De plus, si la pathologie est prise en charge tardivement, le bébé ou jeune enfant peut avoir un trouble de croissance du rachis cervical supérieur, ce qui peut entraîner une compression neurologie, et ainsi provoquer des troubles de réalisation de mouvements suivant le nerf compressé. Cette compression entraîne alors des déficiences posturales, troubles du mouvement et des raideurs.

Pour finir, l’une des conséquences d’un torticolis congénital est un problème de développement du crâne. De par son contact avec le rachis cervical, s’il y a une déformation de ce dernier, il peut entraîner par compression ou anomalie, une croissance hétérogène du crâne. Ces différents problèmes peuvent engendrer des complications néfastes pour le nouveau- né tout comme une hypertension intracrânienne. Cette hypertension peut dégénérer et à terme créer des paralysies oculomotrices.

Evaluation
Il existe trois mesures pour déterminer le degré de sévérité du torticolis :
  • La position de la tête (attitude d’inclinaison)
  • L’amplitude du mouvement de rotation de la tête vers la droite et la gauche.
  • L’amplitude du mouvement d’inclinaison de la tête vers l’épaule droite et l’épaule gauche

 EXAMENS
L’inspection :
L’inspection est un élément important, ses signes peuvent être très significatifs.
Doit être réalisée sur un nouveau-né entièrement nu, calme, sur un plan dur. Il faut rechercher une asymétrie de position globale ou localisée, une anomalie de la face, des oreilles, de l’implantation des cheveux, du cou, ou du tronc.
Destinée à apprécier et observer l’aspect général du nourrisson et des déformations corporelles.

L’observation:
Une asymétrie de positionnement de la tête et du cou : Le bébé se présente avec la tête inclinée du côté du muscle rétracté.
  • flexion basse,
  • extension haute,
  • inclinaison homolatérale,
  • rotation controlatérale,
  • plagiocéphalie et/ou asymétrie faciale.

La palpation:
- Mettre en évidence une tuméfaction ou une contracture musculaire, 
- Localiser d’éventuels points douloureux. 
- Retrouver une petite grosseur de la taille d'une olive (tuméfaction olivaire) à la partie inférieure du muscle.









Bilan de la mobilité articulaire :
Mesurer la flexion, l’extension, l’inclinaison latérale et la rotation droite et gauche en actif et en passif.
Pour la mobilité active de la tête, elle est étudiée à partir des mouvements spontanés, et provoqués par des stimuli visuels ou auditifs d’où on déduit les amplitudes de la rotation et l’inclinaison.
Les mouvements passifs doivent être lents et doux pour ne pas provoquer de réflexe de défense de la part du nourrisson.
Faire attention aux compensations des épaules.


Résultat : On retrouve des limitations d’amplitudes de rotation d’un côté et d’inclinaison de l’autre.

PRISE EN CHARGE PAR LA MTC :
Etude comparative des techniques de tuina et du Xiao tuina
 Effet du tuina sur le torticolis congénital.

Malgré l'effet global du tuina sur la zone affectée qui vise à détendre les muscles, à résoudre les bosses et à débloquer les collatérales, il nécessite une longue période de temps et rend difficile le maintien du traitement par les nourrissons. Basé sur la vue holistique et l'identification de modèle en médecine chinoise, nous avons ajouté la manipulation de renforcement de rate et de rein-bénéfice à la thérapie de tuina locale et avons observé son effet clinique.

Objectifs
  • Etirer le SCOM, et lui redonner progressivement son élasticité.
  • Prévenir la fibrose musculaire (l’olive).
  • Retrouver des amplitudes de mobilité normales pour l'âge.
  • Renforcer les muscles du côté opposé.
Critères diagnostiques
Les principaux symptômes comprennent l'inclinaison de la tête et du cou du côté atteint et rotation vers le côté sain; raideur ou une masse molle sur le muscle sternocléidomastoïdien du côté atteint; limitation du mouvement du cou; visage et/ ou œil plus petit du côté atteint (asymétrie du visage), occiput aplati du côté sain et scoliose compensatoire des vertèbres thoraciques; et l'épaississement du muscle stemocléidomastoïdien du côté affecté ; épaississement des tissus et des muscles ont été observés lors d'un examen échographique.

Critères d'inclusion
Ceux qui ont rencontré les critères ci-dessus; moins de 1 an; n’ayant jamais reçu d'autres thérapies pour traiter le problème; et les tuteurs légaux de l'enfant étaient prêts à participer à ce processus et ont signé un consentement.

Critères d'exclusion
Ceux qui n'ont pas répondu aux critères d'inclusion ci-dessus; torticolis osseux dû à une malformation vertébrale, torticolis postural compensatoire dû à une perturbation visuelle et torticolis neurogène dû à la paralysie du muscle du cou; ceux qui ont reçu d'autres thérapies simultanément pendant le traitement; avoir des complications de situations primaires sévères dans les systèmes cardio-vasculaire cérébral, hépatique, rénal et hémalopoïétique; une constitution allergique ou une lésion sévère, infection de la zone touchée; et ceux qui étaient réticents à participer à ce processus.

Données générales
Au total, 63 cas ont été traités en ambulatoire en tuina pédiatrique, à l'hôpital Yueyang de médecine intégrée chinoise traditionnelle et occidentale affilié à l'Université de Médecine traditionnelle chinoise de Shanghai entre mai 2012 et avril 2013. Le plus jeune nourrisson avait 15 jours, le plus âgé avait 9 mois, avec un âge moyen de 61,5 jours. Ces bébés ont été répartis aléatoirement dans un groupe d'observation de 32 cas et un groupe témoin de 31 cas.

Principe de traitement
En ce qui concerne le groupe témoin, le principe du traitement était de détendre les muscles / tendons, de ramollir les nodules et de résoudre le gonflement. En ce qui concerne le groupe d'observation, un traitement de la rate et du rein a été ajouté.

Méthodes de traitement
Préparation préalable au traitement
Placer le nourrisson dans une position couchée (sans oreiller) et applications des techniques An et Rou.

Groupe d'observation
Techniques de Tuina
Manipulation : An Rou et Tanbo: An Rou appliquée le long de l'origine et l'insertion du SCOM en avant et en arrière en utilisant le pouce, le majeur et l'annulaire, et suivie d'un tanbo doux sur le muscle. Huit minutes d'An Rou et Tanbo ont été appliquées alternativement à la fréquence de 100-120 fois par minute.

Manipulations Nafa et Niefa: Appliqué 2 min de Nafa et Niefa sur le SCOM du côté affecté en utilisant le pouce, l'index et le majeur, à la fréquence de 100-120 fois par minute. Il est conseillé d'augmenter progressivement la force en tenant compte de la tolérance du nourrisson.

Extension passive: Tenir l'épaule du côté atteint d'une main et soutenir le sommet du crâne de l'autre main; poussé la tête du nourrisson lentement vers le côté sain, permettant ainsi un mouvement latéral passif de la tête sur un plan frontal. Puis empaumer d’une main le crâne et l'occiput du côté affecté et maintenir la mandibule inférieure du côté sain avec l'autre main; maintenir la tête du nourrisson  dans l'axe vertical et effectué une rotation passive douce vers le côté affecté pour étirer progressivement le muscle stérno-cléido-mastoïdien du côté affecté. Répéter 20 fois en réalisant une extension passive d'environ 1 minute et en incluant de courtes extensions toutes les cinq fois.
  


Protocole xiao tuina : traitement de la Rate et du Rein
Cela inclus 300 fois de tonifier le Pijing, Shenjing, 50 fois de An et Rou sur Pishu (V 20) et Shenshu (V 23), 5 fois Nie-ji (pincer  la colonne vertébrale) et enfin 10 fois de Cafa sur Jizhu.

Les nourrissons ont été traités trois fois par semaine, 20 séances pour un traitement. L'efficacité thérapeutique a été observée après trois cycles de traitement.

Résultats du traitement
Comparaison des effets cliniques
Après trois mois de traitement, le taux de guérison et le taux d'effet marqué dans le groupe d’observation étaient respectivement de 63,3% et contre 93,3%, et de 33,3% contre 90,0% dans le groupe témoin, ce qui montre une signification statistique (KQ.05) et taux effectif marqué mais pas de signification statistique dans le taux effectif total. Cela indique que les deux méthodes cela effets remarquables sur les torticolis congénitaux.

Comparaison de la santé globale des nourrissons
Pendant le traitement, l'incidence des symptômes majeurs, y compris un manque d'appétit, une toux accompagnée de fièvre, des selles anormales et un mauvais sommeil, étaient significativement plus faibles que dans le groupe témoin . Ceci indique qu’en tant que thérapie holistique, le traitement de la rate et des reins peut améliorer les fonctions de la rate et de l'estomac du nourrisson, renforcer leur constitution et favoriser leur croissance et leur développement.

Discussion
Les TMC affecte environ 0,4% -1,3% des nourrissons. Son étiologie n'est pas encore claire pour la médecine moderne. On pense qu'il est associé à un problème de  retour veineux ou à un hématome dû aux lésions à la naissance du muscle stemocléidomastoïdien.

En médecine chinoise, le TMC relève de la catégorie des spasmes musculaires ou des nodules musculaires. Elle survient souvent à la suite d'une stagnation du qi et d'une stase sanguine, qui entraînent un blocage des vaisseaux et une malnutrition des muscles et des tendons locaux. Par conséquent, cette condition est souvent traitée avec des méthodes pour détendre les muscles, faire circuler le sang, résoudre les nodules, assouplir les nodules durs et éliminer l'enflure. La médecine chinoise soutient que le rein est notre base congénitale (énergie innée) et la rate est l’acquise (énergie acquise). La rate et les reins des nourrissons sont souvent faibles et fragiles. Considérant le point de vue holistique et l'identification des syndromes en médecine chinoise, l’utilisation de la «stimulation de la rate et du rein par les techniques issues du xiao tuina» peuvent réguler les énergies innées et acquises des nourrissons avec pijing, shenjing, Pishu et Shenshu. Ces points peuvent aider à générer du qi et du sang, nourrir les muscles et les tendons et soulager la contracture. Nie-ji et Cafa sur la colonne vertébrale (Tou Mai) peuvent équilibrer le yin et yang, harmoniser les Zang Fu, tonifient Yuan-Qi, renforcer la rate et l'estomac, débloquer les canaux et faire circuler le qi .  En termes d'anatomie moderne, Pishu (V20) et Shenshu (V 23) sont situés près des muscles érecteurs de la colonne vertébrale. En appliquant An Rou sur ces deux points, ils peuvent travailler sur ces muscles. Nie-ji et Cafa le long de la colonne vertébrale peuvent stimuler l'ensemble du groupe musculaire du dos. Cela peut, en quelque sorte, aider à maintenir une posture équilibrée de la tête et des mouvements normaux.

A en juger par l'analyse de l'efficacité thérapeutique, il n'y avait pas de différence significative dans le taux effectif total entre la «tonification de la rate et du rein» et les techniques classiques du tuina. Cependant, le taux de récupération et le taux d'effets est plus marqués dans le groupe d'observation que dans le groupe témoin (/ <0,05). De plus, les symptômes majeurs tels que le manque d'appétit, la toux accompagnée de fièvre, les mouvements intestinaux anormaux et le manque de sommeil dans le groupe d'observation étaient nettement inférieurs à ceux du groupe témoin. On peut donc conclure que les techniques xiao tuina peuvent renforcer la rate et l'estomac et améliorer la constitution des nourrissons. C'est une thérapie efficace et sans douleur dans le traitement des torticolis congénitaux et digne d'être popularisé dans le traitement clinique.

Articles en compléments

Sources
Shanghai Research Institute of Acupuncture and Meridian
http://association-plagiocephalie-info-et-soutien.fr
Wilkpedia